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j’effaçai une rue, un quartier, un cours d’eau, jusqu’à ce que tous les pavés de la ville « merveilleuse » s’éteignent. Je m’enfonçai dans le sommeil profond de celui qui ne sait plus. À la fin du voyage, j’avais oublié la géographie de mon pays.
Le soir suivant, lorsque ivre je posai en titubant le pied sur le tarmac, je fis un pacte avec la terre qui m’accueillit : cette terre-là serait désormais la mienne. Elle est mon pays. Après quoi, j’embrassai à pleine bouche Alexandra, je lui caressai gentiment les reins et nous nous mariâmes dans la foulée. Nous vécûmes, je le pensais, un amour incorruptible. Alexandra me donna des indices pour que je puisse m’aimer moi-même. Elle croyait fort en moi, en mon talent d’Artiste « incroyable ». C’est comme ça qu’elle le qualifiait. Moi, je travaillais. Elle me disait : « Va mon amour, le monde n’attend que toi ! Il ne le sait pas encore, laisse-lui une chance. » J’essayais de lui rendre la vie meilleure. Je faisais volontiers la vaisselle et lui faisais l’amour chaque semaine. Si elle me reprochait mon ascétisme, je m’efforçais d’être joyeux.
Au bout de quelques mois, la confusion grandit, par sa faute à mon avis. Elle évoquait trop souvent un pays « merveilleux », un Océan dans la ville, des vagues qui frappent les immeubles, des rues salées et des passants inondés. Elle m’en parlait comme si j’avais dû savoir, comme si je le connaissais ce pays, cet Océan et ces rues. Elle m’accusa de faire l’idiot. Un jour même, elle me traita de menteur. Elle rigolait de moins en moins. Elle me reprocha de ne pas m’amuser, ……………