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vomi par le racisme existentiel de son pays et je tâtonnais pour savoir comment m’aimer moi-même, si c’était possible, j’en doutais encore. Je cherchais par tous les bouts et mes tentatives enfantines m’amusaient. Alexandra n’imaginait pas ce que je vivais alors, j’étais incapable de le partager. Dans quelle langue lui en aurais-je parlé ? Elle me regarda et, avec ses boucles, essuya mes larmes, elle caressa mon sourire et sursauta à mon rire teinté de folie décomplexée. Elle accueillit ce qu’elle prit pour de la joie simplement, ce sentiment qu’elle pouvait comprendre et même, étendre à l’infini de notre amour balbutiant.
Sans poser de question, elle lécha une à une chacune de mes plaies et le goût du sel sur ma peau l’entraina à explorer la voix de mes ancêtres. Alexandra se mit à chanter et à danser toute nue sur le sable et les vagues de l’Océan la portèrent au-delà de mes fantasmes, j’avais une femme à mes côtés. À la fin de la journée, j’avais bon espoir d’oublier prochainement ma langue, de ne plus distinguer le masculin du féminin, de maltraiter le pluriel. Je ne savais déjà plus conjuguer le verbe et m’efforçais encore de délaisser l’adverbe. Nous rentrâmes plus heureux et épuisés que jamais et, par chance, jusqu’à notre départ, nous ne croisâmes plus la femme du père, un soulagement.
Alexandra s’endormit dans l’avion du retour et moi je ne pus fermer l’œil. Les yeux fixés devant moi, je ne regardai pas par le hublot et je bus autant que possible du plus fort des alcools qu’il m’était donné de boire. À chaque goulée …………………