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ta classe, ton nez aquilin, tes cheveux noirs, tes mains  noueuses, l’empreinte de tes étreintes, tes fredonnements, ton humour, ta tendresse, ta maîtrise  de toi-même, tes révoltes, tes douleurs, ta force presque inébranlable, ton énergie, tes rêves ― la fascination, l’amour et la crainte que tu m’inspirais ― le redoutable pouvoir que tu avais sur  moi, sur tout le monde, car il me paraissait impossible de ne pas tomber amoureux·se de toi dès l’instant où l’on te croisait.
Leo a deux ans et ne sait pas ce qu’est une promesse. Leo a deux ans et on essaye déjà de l’astreindre à des promesses qu’elle ne pourra pas tenir, tout ca parce qu’elle ne connaît pas  Le sens du mot promesse. On commence comme ça dans la vie : en brisant toutes nos promesses parce qu’elles ne se raccrochent à rien, parce qu’elles n’ont pas de corps, parce qu’elles ne sont pas suffisamment intègres pour ne pas se désintégrer.
Leo a deux ans et ne te connaît pas. 
Je sais bien qu’on fait comme on peut, avec nos traumatismes, et que, dans ces circonstances, tu as fait de ton mieux. Mais à force de refuser la parole, de rester sourde et de tout mettre en cale, un jour, les rivets du bordé ont sauté les uns après les autres sous la pression, la coque a cédé et tous ces malaises contorsionnés se sont déversés, raz-de-marée de ressentiments. Deux naufragées rejetées sur des grèves opposées, un océan de silence entre nous, on a échoué.