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Les promesses peuvent-elles seulement survivre à la réalité ? 
Je sais que tu m’as aimée quand j’étais enfant, un peu moins quand j’étais ado, et puis de nouveau un peu plus quand je correspondais à tes attentes, à ce que tu projetais sur moi, que tu me souhaitais parfois moins excessive, moins spontanée alors que tu reprochais l’inverse aux personnes trop sages. Un coup, tu aimais que je sois libre, effrontée, vocale, un coup, tu voulais que je me taise, m’écrase, me soumette aux convenances. Un coup rebelle, un coup docile, j’aurais dû jongler, équilibriste novice sur le fil tendu de tes contradictions.
Tu t’emportais contre moi, ça tournait d’un coup d’un seul comme le vent et ton œil devenait  mauvais, imprévisible, c’est comme si je sentais ta haine se concentrer sur moi, toute ta  haine, même celle qui n’avait rien à voir avec moi ― après tout, on ne peut pas haïr celleux  qu’on aime, si ? ― et puis tu crachais, venimeuse, sans jamais vraiment hausser le ton, juste  tranchante, la voix sécheresse, l’humiliation de préférence publique, la pique vipérine,  volltreffer en plein dans le mille, de celle qui attaque au vitriol le tissu de la promesse  maternelle, avant de se répercuter dans ton regard dur. 
Et puis ça me revient et ça me pince le cœur, ce vide si plein comme un membre fantôme, tes  sourires, ta chaleur, ma petite boîte en forme d’ours dans laquelle tu enfermais des baisers  pour m’embrasser pendant ton absence, tes yeux qui pétillent, malicieux, ton indépendance, ta  puissance motrice, ta conduite souple, ……………………