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si profondément que je la sens à peine respirer. Les larmes s’abîment le long de mes tempes, rigoles de tristesse. Souvent, j’essaye de lutter contre, je ne sais pas trop comment, en compartimentant certainement, en faisant abstraction, en masquant par la colère, mais je ne suis pas dupe, ça ressurgit régulièrement, l’incompréhension, l’injustice ― l’amour pourtant n’a jamais été juste ― et surtout la douleur.
La douleur du constat : maman ne m’aime pas.
J’aurais aimé ne jamais avoir à écrire ce texte. J’aurais aimé ne jamais me rendre compte que ce que je croyais être un état de fait, qui s’inscrit indistinctement dans le présent, le passé et le futur, était en fait une promesse, avec ce que cela implique : la possibilité d’être rompue, que le lien qui nous unissait, ne nous unit pas et ne nous unira plus, que la filiation n’est pas une garantie et que l’inconditionnalité n’est qu’un mirage pour qui est muselé⋅e par son égo. Et ça fait beaucoup de monde. J’aurais aimé que notre amour ne s’écrase pas contre ta fierté. Cette promesse, entre toi et moi, n’existe pas, c’est un écran de fumée. Ou alors, elle a existé le temps que la fumée se dissipe.
Je me demande juste s’il y a une date d’expiration à l’amour que l’on porte à ses enfants, quand les enfants arrêtent d’être des enfants, quand iels deviennent des personnes à part entière, quand nos projections se heurtent à la réalité de l’adulte qu’iels sont devenu⋅e⋅s.