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J’sais pas, mais j’suis pas fatiguée en tous cas. » On a entendu quelques coups, c'est Solène qui tapait à la porte. Alina s’est collée derrière, debout, les poings serrés, et elle a crié à travers : « Laisse-nous, laisse-nous, laisse-nous tranquilles ! Va-t-en ! On est des orphelines, on va s’en sortir toutes seules, on n’a pas besoin de toi, y a que nos parents qui peuvent nous sauver ! »

Devant le lavabo, j’ai regardé mon visage dans le miroir pendant que Solène s’énervait, la voix aigüe comme quand le ver lui était tombé sur le bras dans la forêt. Elle répétait : « Ouvre-moi, ou-vre cette pooorte ! Je ne peux pas vous laisser seules dans la salle de bain, c’est moi qui suis responsable de vous ! » Alina a fait sa tête dure : « T’as peur, c’est ça ? Tu crois qu’on va se suicider ou quoi ? » Alors Solène s’est mise à pleurer. Y a eu un boum, c'était le bruit de son corps qui s'asseyait par terre devant la porte : « De toute façon je bougerai pas d’ici. » Alina est terrible quand elle fait sa mauvaise comme ça, on peut pas l’arrêter. Moi j’ose pas lui parler, j'ai pas envie de me faire gueuler dessus.

Pendant qu’elles s'engueulaient, j’ai ouvert tous les tiroirs de l’armoire. À part les médicaments, j’ai trouvé les bouteilles de parfums de maman. Je m’en suis aspergée dans le cou et sur les poignets. Et puis j’ai attrapé sa trousse à maquillage et j’ai commencé à me mettre du mascara et de l’eye-liner autour ………………